Etenesh Wassié - Mathieu Sourisseau - Sébastien Bacquias

© Alain Millard
© Alain Millard

dernier album paru (Buda Musique) / artwork Jean Mosambi

 

Jeudi 15 mars 2018 / La Maison-Phare (Dijon)

 

Si les racines éthiopiennes de sa musique sont indéniables et revendiquées, le duo Etenesh Wassié-Mathieu Sourisseau, rejoint récemment par Sébastien Bacquias, pose d’emblée son territoire ailleurs. Loin des pièges du registre toujours un peu clinquant et toujours un peu mou des musiques du monde jouées hors sol. Ce qui s’invente dans le trio, s’invente sur l’instant, dans la friction généreuse d’un éthio-jazz et des oreilles venues l’entendre à La Maison Phare, dans la première de la quinzaine de dates à suivre. La surenchère et la rivalité y semblent aussi superflues que l’humilité sur un ring pour Muhammad Ali. Cette exigence redoublée d’une forme discrete de fraternité est épaulée par l’instrumentarium du trio. Au duo originel voix et basse acoustique vient de se greffer une contrebasse, remplaçant ici depuis peu le violoncelle de Julie Läderach (présent sur l’album Yene Alem, tout récemment sorti chez Buda Musique). Au lyrisme granuleux de ce dernier, la contrebasse de Bacquias apporte une part supplémentaire de brut et de grain là où pourtant il n’en manquait pas. Et c’est ce qui intrigue dans cette greffe réussie. Le registre grave sur-représenté (Sourisseau/Bacquias) ne se cantonnent jamais au boulot d’accompagnateur. Mais balance commentaires et soliloques et sert ainsi autant qu’il peut pousser la voix d’Etenesh Wassié dans ses techniques parfaites, dans ses fêlures magnifiques comme dans ses accès d’énergie qu’on pourrait rapprocher d’une forme de rage. Et la face bleue d’une forme traditionnelle comme le Tezeta de s’en trouver cousinée avec le jazz africain-américain voire des ramifications plus claires et plus penchées comme le rock noise. Dans cette cartographie, redistribuée en permanence, on y perd son latin. Ainsi la musique du trio échappe à tout mélange bon teint pour aller baguenauder imperturbablement vers le syncrétisme libre, auto-référencé et offert. 

L’objet du trio n’est peut-être justement pas le chant mais le récit que les musiciens assemblent et façonnent à six mains puis posent là, aux pieds de ceux venus écouter. Et le fait que cette musique-là, hybride et familière, soit jouée gratuitement et dans un quartier dont le désenclavement culturel ne doit définitivement rien à une ligne de tram, prend une gueule phénoménale. Le saxophoniste Sonny Rollins appelait ça une « force sociale du bien ».

 

Badneighbour