Splitter Orchester / Jean-Luc Guionnet

photos © Sébastien Bozon

vendredi 24 août 2018. La Filature.
festival Meteo Mulhouse

 

Quand tu sors d’un bilan auditif, tu es souvent surpris de ce que tu as entendu. Pas du son, non, mais de ce que ton oreille a pu rendre comme relief, amplitude et grain de ce qui était joué dans ton casque. Il en va un peu de même avec le projet Vollbild offert par Jean-Luc Guionnet au Splitter Orchester. Soit 24 musiciens from Deutschland réunis dans un espace où chaque pupitre reçoit une disposition particulière. Exemple avec le quarteron de clarinettes formé en cercle, la grosse caisse horizontale posée au centre sur un plateau tournant ou encore les deux autres kits de percussions placés à chaque extrémité et en avant de l’ensemble. 

L’orga de l’espace visuel du Splitter annonce celle de l’espace auditif. Il y a un jeu qui se crée d’emblée entre l’œil et l’oreille du spectateur. Il y a ce qui tourne : grosse caisse, platines disques, bandes magnétiques sur bobine ou K7. Il y a ce qui se souffle et ce qui se frappe. Et la règle d’écoute reste assez simple. Basique. Il ne s’agit ni de prévoir ni d’anticiper mais de prendre peu à peu la mesure de ce qui se joue, de se laisser faire par la géométrie de la forme globale. Et là entre en jeu le plus fin de l’affaire. Le seul théorème visible reste celui de la sensation. Les frappes sèches cadrent un espace de jeu que vient transgresser un continuum insolite et jamais tranquille. Pour exemple le lead des lignes mélodiques jouées à la trompette. Solo minuscule qui fore l’ensemble de son son patient.

Pour le reste, rien n’est joué au-dessus de la ceinture. Le tout reste carrément terrien et force l’oreille à se taire, à sortir de la grande image et à aller chercher le son là où il est produit. Rien de surprenant cependant. Jean luc Guionnet est aussi homme de théâtre. La prise d’espace, la présence remarquée de la voix en scène le montre dans ce jeu sans fin de petites cellules musicales venues enrôlées au service du motif général. Pas mal à un moment ou l’Europe patine quand même un peu dans la semoule collective. Une des choses les plus réjouissantes dans l’histoire du couple franco-allemand depuis la poignée de mains Kohl/Mitterand en 1984, la forfanterie cosmétique en moins.

 

Badneighbour

'Vollbild' is a project offered by Jean-Luc Guionnet at the Splitter Orchester. Take 24 musicians from Deutschland and gather ‘em in a space where each section receives a singular place. Take for example with the four clarinets in a circle or the other two percussion kits placed at each end and in front of the set.

The visual dispatching of the Splitter announces the acoustic space. There is some immediate swap between the eye and the ear of the listener. There is what it turns: bass drum, turntables, tapes. There is what is blown and what is banged. The listening rule is quite simple. It is neither a question of anticipating nor of anticipating, but of taking the measure of what is being played out, of letting oneself be cradled by the geometry of the global form. The only visible theorem remains the sensation. The playground is always transgressed by an unusual and never quiet continuum. For example the lead of melodic lines played on the trumpet. Slight solo that drills the whole form with its patient music.

The whole thing is damn earthly and forces ears to shut up, to get out of the big picture and pick the sound where it is produced. Nothing surprising though. Jean luc Guionnet is also a theater figure. The whole thing and tiny single stuff. Not bad at a time when Europe is flawed in the collective process. One of the happiest things in the history of the Franco-German couple since the handshake Kohl / Mitterand in 1984, cosmetics forfeiting less.