T(R)OPIC. Julien Desprez & Rob Mazurek Ensemble

photos © Mélanie Merlier (Sons d'hiver)

vendredi 15 février 2019.
festival Sons d'hiver / Théâtre Jean Vilar, Vitry/Seine

 

T(r)opic pose ses règles d’emblée. Crossfit de duos en ouverture de set, interplay géométrique sur la durée. Europe et Amériques dans une même collision. L’ensemble est piloté par Julien Desprez (guitare électrique) et Rob Mazurek (trompette piccolo) — né de la rencontre au sein du quintet Shore To Shore (réseau transatlantique The Bridge), augmenté des trouvailles faites avec le quartet BIC feat.  Mette Rasmussen & Ingebrigt Håker Flaten (Météo Mulhouse festival en 2017). La construction de sa musique est, définitivement, physique . 

On sait aussi Desprez, familier des codes de la représentation (cf. Acapulco Redux). Sortent alors des paires de lunettes 3D oldschool — la même version qui nous permettaient de voir, gamins, la Créature du Lac noir embrasser ses victimes d’amour à l’heure de la Dernière Séance. Jeu avec la contrainte pour rendre plus ardue la lecture des partitions ? Peut-être, l’enquête reste ouverte sur cette longue descente sonore dans les abysses où chacun alimente la masse commune mais sort ponctuellement la tête de l’eau qui pour livrer un cri modulaire qui pour tailler des incises cuivrées. 

Ce qui reste fascinant, une fois encore, chez Desprez et la clique qu’il a réunie, c’est qu’avec des motifs carrés, réduits volontairement au laconique et à l’abrupt, il arrive à ne pas tomber dans le piège de la redite ou de l’auto-citation. Ça lassera sans doute certains férus de pensée complexe mais T(r)opic ne semble pas trop porté sur le bréviaire mais furieusement décidé à laisser cette Nef des fous naviguer sous la houlette de celui qui décidera, sur le vif. Voilà un établi commun et transatlantique, donc, où l’économie de moyen se hisse avec une puissance folle à la hauteur des ambitions du nonette. Alléluia. En résulte une musique liquide qui prend l’exacte forme de votre conduit auditif quand elle vient le frapper. On connait l’appétit de Mazurek pour les individualités juxtaposées. On sait le goût de Desprez pour le motif poussé avec le gras de l’épaule. Du détail mais pas de quartier.  Ce nouveau projet s’inscrit dans ce même soin de traverser des cratères et des geysers chaussé comme un dimanche. Osé mais héroïque. Pour ceux que les étiquettes amusent ou rassurent, tentons le cosmo-punk ou le noisy-woogie. Desprez ramène du gras dans ses effets de distorsions, Håker Flaten en profite pour nager dans un son épais soutenu par le métronome imperturbable de Gerald Cleaver. Reste aux soufflants — Mette Rasmussen et Lotte Anker en sax machines de longue portée, Susana Santos Silva et Isabel Sörling poussant le souffle dans ses possibilités d’expression — de flirter avec le modal from Maghreb ou le binaire qui tape au fond du filet. Passe à huit, décadrage, petit pont et but. 

 

Badneighbour

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T(r)opic sets its rules straight away. Crossfit of duets for the opening of the set, geometric interplay thereafter. Europe and Americas that collide. The ensemble is led by Rob Mazurek (piccolo trumpet) and Julien Desprez (electric guitar) and born from the encounter within the Shore To Shore quintet (The Bridge), increased by the discoveries made with the BIC quartet feat. Mette Rasmussen and Ingebrigt Håker Flaten (Météo Mulhouse festival, in 2017). The musical construction is, here, physical. Definitively

Desprez is also familiar with the codes of performance (cf. Acapulco Redux). Then pairs of oldschool 3D glasses come out - the same version that allowed us to see, as kids, the Creature of the Black Lake kissing its beloved victims on our TV sets. What About ? Making it more difficult to read scores? Perhaps. The investigation stays open and the long ringin’ swoop into the abyss happens where everyone feeds the common thing but punctually gets head above water to deliver a modular cry or brassy ledges. 

What remains fascinating, once again, in Desprez’ work is the way he considers the pattern, deliberately reduced to a laconic and abrupt one. No matter of repetition or self-quotation here. T(r)opic does seem being furiously determined to let this Ship of Fools sail under the guidance of the one who’ll decide, on the spot. The result is liquid music that takes the exact shape of your ear canal when hitting it. We know Mazurek's appetite for juxtaposed individualities. We know Desprez’ taste for the pattern propelled with the fat of the shoulder. Much details but no quarter. For those who are reassured by the labels, let's try cosmo-punk or noisy-woogie. Håker Flaten takes all opportunities to swim in a thick sound supported by Gerald Cleaver's imperturbable metronome. The only thing left to do is to blow - Mette Rasmussen and Lotte Anker as long-range sax machines, Susana Santos Silva and Isabel Sörling pushing their breath beyond possibilities - and to flirt with the modal from Maghreb or the binary that tackles any opponents. Ball control, free kick and goal (repeat twice).