Système Friche II

photos © Sébastien Bozon

jeudi 23 août 2018 / Noumatrouff.
festival Meteo Mulhouse

 

La friche a ceci de fascinant qu’elle oblige à saisir d’un même battement de l’oeil le passé disparu (ou délaissé) et l’injonction de reconstruction que le lieu suggère. C’est rare et fichtrement classe. Une sorte de piège à consentement. Un attrape-présent. Un truc invisible mais avec un système complexe. L’ensemble aggloméré par Jacques Di Donato et Xavier Charles fonctionne ainsi. Avec un système/concept invisible et pourtant très lisible, si on le veut, selon l’humeur. Car, pour le reste de la mécanique, ça carbure tout seul. Avec de l’humour, avec du contemporain, avec de beaux vieux restes libertaires et de jolies visions d’avenir.

Ce qui double l’intérêt d'un projet comme Système Friche II, c’est le problème que se pose d’emblée toute tentative d’ensemble. Comment faire ensemble ? C’est quoi ‘faire ensemble’ ? Comment ça marche la communauté ? Les théâtreux appellent le temps des répétitions ‘se mettre d’accord sur l’histoire à raconter’. Ici, on pourrait résumer ceci ainsi : reverser au pot commun ce que chacun aura découvert de soi et de son audace à créer de la musique.

Et la quinzaine de gaziers de s’y employer, le coeur sur la main, ludiques ludions garés en peloton dans la bricole comme dans l’écoute la plus ténue. Personne en chasse-patate, personne planqué dans les voitures des directeurs sportifs. Doté de cette capacité d’ensemble qu’on appellera présence pure, Système Friche deuxième du nom peut visiblement tout se permettre : disserter sur le lyrisme d’une table de ping-pong comme fomenter la charge Free la plus revêche. De seriner « Je suis une morue fumante / j’ai donné le temps au pêcheur / de l’autre côté de l’orange. », dans un blues laid-back où, Mulhouse oblige, Bashung danse sur le calembour comme sur les visions d’Eluard. 

Menée à l’œil par DiDo et Xavier Charles, la petite bande montre facile que l’expression ‘faire feu de tout bois’ n’est pas prête de s’éteindre. Tout est mis à portée d’auditeur : le cri primal au même titre que le lyrisme le plus suave. Sans doute encore une histoire d’ivresse et de flacon. À prendre dans les deux sens.

 

Badneighbour