Sofia Jernberg / Mette Rasmussen

photo © Sébastien Bozon

jeudi 22 août 2018 / Motoco DMC.
festival Meteo Mulhouse

 

Pas de tiers pour créer le déséquilibre, donc le mouvement. Il s’agit d’un duo donc. Duo nordique au dialogue circulaire. Où on attend forcément un peu les premiers pas du congénère. Où on répond toujours à ce que l’autre livre sans préméditation. En avançant vers le commun du territoire. Mettant en jeu et à nu ses propres techniques. Techniques qui sonnent ici comme deux palettes persos pour viser la jointure, le ciment, pierre après pierre, d’une forme d’édifice intime. C’est super sensitif, supra patient et ça finit par imposer une sorte de douceur étrange. Sans doute la gageure d’un set comme celui-ci, c’est-à-dire joué dans un lieu ultra sonore, est d’accepter. La perturbation, le recouvrement, la redite et l’erreur. La phrénologie aiderait sans doute à démasquer cette dernière. Tant pis car les trois premières ont une figure carrément avenante.

Dans ce trio — perturbation, recouvrement, redite, Mette Rasmussen, dont la prise d’espace est inhabituellement sage, joue des coudes comme une communiantes en fin de soirée : sommations sonores, beaucoup d’air sur la anche et sécheresse radicale des impacts. Pour Sofia Jernberg, au choix : tremblé de gorge chirurgical, râle sur microphone, growl nasal, ouverture des cordes amplifiée.

Pas de démonstration mais du petit à petit jusqu’à ce très bel unisson où le chant sifflé rejoint le souffle tout juste posé sur le bout de l’alto. Où les techniques de jeu de l’une finissent dans le bec de l’autre. Ça tient de l’évocation païenne, du secret à peine murmuré ou encore d’un plan d’attaque dont le décodage resterait à la charge de celui qui écoute. Non remboursable, of course.

 

Badneighbour

 

No outsider in this party. No one to create the distorsion nor the movement. This is a duet and a duet involve in a circular dialogue. One waits a little for the first steps of her partner. One always responds to what the other claims without premeditation. And the duet goes forward. Towards the common territory. Baring his own techniques to set the bedrocko f a kind of intimate building. It is sensitive, supra patient and imposing at last a smooth and strange sweetness. No doubt that the challenge of a live set played in these conditions, played in an ultra noisy place, is to accept. Accept disturbance, repetition and error. Phrenology would undoubtedly help to understand the latter. Too bad because the first two have a downright lovely face. In this duo - disturbance & repetition — Mette Rasmussen, unusually wise in her taking of space, sounds with a lot of air on the reed and drastic impacts. For Sofia Jernberg, choose: surgical throating tremor, microphonic rattle, nasal growl, amplified open Chords.

Gradually until this beautiful unison where whistled song joins the breath just placed on the tip of the alto sax. At last one’s techniques end up in the mouthpiece of the other. It seems pagan evocation, barely murmured secret or almost deciphered attack plan. Complete this would remain the responsibility of the listener. Non refundable, of course.