Pat Thomas plays Monk

© Sébastien Bozon

mardi 21 août 2018 / Théâtre de la Sinne.
festival Meteo Mulhouse

 

Remplacement à la pédale levée de Keith Tipett, autre pianiste, retenu par ailleurs et un soucis de santé. Ce genre de set-là, un gazier rompu comme Pat Thomas aurait pu l’assurer en vieux routier passionné, en vieux roublard faussement déférent. Convoquer les grands fantômes, ne nécessite plus aujourd’hui de connaître, sur le bout des doigts, son Shakespeare. 

La musique de Monk reste une vaste entreprise de construction. Faire avec ce que le clavier autorise et découvrir ce qu’il offre encore au-delà. Et, ce n’est pas le « ok » sorti du talkie-walkie d’une ouvreuse distraite et venu se glisser entre deux clusters qui démentira la chose. Cette musique laisse la place au surgissement, à ce que l’auditeur aura envie d’y mettre de sa propre actualité. Monk était un bâtisseur et le biscornu, le bancal sa signature. Signature qu’il gravait à même le silence avec lequel il a mené un satané corps à corps. Cette même vieille chose muette contre laquelle boxera, comme un sale gosse, un autre grand fantôme, Miles Davis. Reprenons, Pat Thomas. Pat Thomas reprend, lui, les gants. Et, sans moufter ni truculer, délivre un hommage sans dommage. Pour l’exemple, un standard comme Well You Needn’t : c’est entier, attentif et carrément tendu vers l’étincelle du créateur au chapeau pointu. À chaque reprise révisée, Thomas livre un exercice de dissociation du jeu des 2 mains saississant. Frappe à l’unisson, contrepoint inversé, accompagnement de goal volant. Et Pat de remontrer, avec une humilité patiente, à qui en aurait promptement besoin que du plus simple des thèmes peut naître une furieuse joie à construire des équilibres impossibles, à l’épreuve du temps et des fantômes. Simple. Basique.

 

Badneighbour

 

Pat Thomas plays Thelonious Monk. This kind of set, by an accustomed dude like Pat Thomas could have been played as passionate and clever. Summon the Legendary Ghosts does not require today to know his Shakespeare on the fingertips.

Monk’s music remains a huge construction fact with one rule : just do with what the keyboard allows and discover what it offers even beyond. This music gives way to emergence, so that the listener should want to put its own mind and world in it. Monk was a builder and the wobbly things his signature. Signature that he engraved the silence with which he fight for a damn long time. This same old silent thing against which will fight like a brat another great Ghost, Miles Davis.

Pat Thomas takes the gloves back. And without mumbling or stuffing, deliver a classy tribute. For the example, a standard like Well You Needn't: it’s whole, attentive and accurately tense towards the spark of the designer with the strange hat. Thomas delivers an surprising exercise of dissociation of the 2 hands. Strike in unison, reversed counterpoints. And Pat demonstrates with a smooth and patient humility to those who would need it, that the simplest themes can give rise to a furious joy as building impossible equilibrium. Simple. Basic.