Paal Nilssen-Love large Unit

photos © Sébastien Bozon

29 août 2019.
Le Noumatrouff / festival Météo / Mulhouse

 

Aux grandes largeurs les grands remèdes. Aller tutoyer le vernaculaire d’un Sibelius pour débuter - Olaf et Gudrun gambadent dans la lande parmi les chants d’oiseaux inquiets et les nuages qui se regroupent - puis convoquer la menace pour la faire peser sur ce tableau charmant (putain de travail de Kalle Moberg à l’accordéon). Puis quitter Finlandia pour lancer les cuivres et l’ensemble fondé par Paal Nilssen-Love à la poursuite de ce qu’il est possible de jouer à plusieurs. Tant pis pour l’espace, ce qui occupera l’auditeur, ce sera le temps. Tant pis pour l’introspection, ce sera un Big band à cœur ouvert. De ces ensembles où l’obsession de chacun est le soin de tous. 

Voici une version à treize de la douzaine. Entêtée de joie. Teintée d’orgueil, d’humour et d’entente cordiale. Pas un pli individualiste en bordure de scène, dans les embardées comme dans les phases les plus calmes. L’ensemble est symétrique, navigue à vue dirigée selon le maniement d’un paquet de feuilles A4 - petits carreaux Seyes - agitées, brandies, enchevêtrées par Tommi Keranen quand il quitte sa table d’électronique. Chacun s'occupe à tendre la chose collective réagissant aux signes de la trompette de Thomas Johansson. Alimentant la masse en contrepoint : cuivres et bois en faction, en synchronie et en débats sans fin. Tout ceci augmenté parfaitement de deux verres cassés dans la salle. Le boulot de Julie Kjaer, à la flûte solo, finirait de convaincre le plus aigri des énervés de la traduction. Tiens, à ce propos, préférons largesses aux largeurs. Sur un track final, Shelele, filé au band par Luc Ex de la maison éponyme.  Ou, plus tôt, sur un Breakfast in Colombia, bourré d’effet en miroir sur les sections rythmiques, l’ensemble international déménage sur le terrain du blues bousculée par les fanfares de rue sud-américaines. Sans souci de mur à enjamber. 

 

_ Guillaume Malvoisin / LeBloc

 

Great measures call for fookin’ great times. That’s what we doin’ here. Go and familiarize yourself with the vernacular of a Sibelius landscape as a beginning - Olaf and Gudrun wander in the moor among the worried bird songs and clouds that gather - then summon the threat and put it on this charming painting (Kalle Moberg's fuckin’ work on the accordion). Then leave Finlandia and launch the brass then the ensemble founded by Paal Nilssen-Love runs in pursuit of what it is possible to play together. Too bad for introspection, here is an open-hearted Big band. Where everyone's obsession is everybody's care. Everything is stubborn with joy. Tinged with pride, humour and understanding. Not an individualistic can be found at the edge of the stage, in the sways as well as in the calmer phases. The whole is symmetrical, navigates at sight directed according to the handling of a pack of A4 sheets brandished by Tommi Keranen when he leaves his electronics table. Everyone stretches the collective thing under the sign of Thomas Johansson's trumpet. Feeding the mass with counterpoint, in synchrony and in endless debates. Perfectly increased by two broken glasses in the audience. 

Julie Kjær's work on the flute would eventually convince the most bitter of the translation freaks. Let's prefer largesse to width. On the final track Shelele spun to the band by Luc Ex from the eponymous house. Or, earlier, on a Breakfast in Colombia, full of mirror effects on the rhythm sections, the international ensemble moves to the blues field, pushed by the energy of South American street bands. No worries about walls to step over. Fuck yeah!