PENZUM - Joëlle Léandre & Josef Nadj

© Pascal Seixas
© Pascal Seixas
© Pascal Seixas
© Pascal Seixas

mardi 14 novembre 2017 / MCNN (Nevers)

 

Marrant comme ce Penzum démarre. Caché derrière sa toile encore vierge, le premier Jo secoue son éventail (shake) puis entre en maniant une sorte de lance (spear). À peine plus loin, le deuxième Jo fait entendre chocs et cloches. Les masques et les oripeaux inversent les genres. Le trouble du théâtre est bien là, manquerait guère qu’une sorcière ou un spectre pour aller se balader définitivement chez William. Les fantômes apparaîtront cependant bien vite, noircis au trait et frottés sur le papier. Josef Nadj et Joëlle Léandre posent leurs petits tréteaux d’art primitif. Sanguin. Nécessaire. Fascinant. Ce frottement agit par association multiple. Frottement du fusain qui révèle l’iconographie chamanique du danseur, frottement à plat main pour lancer les imprécations musicales de la contrebassiste, frottement des idées et des matières dans cette perf' initié comme on se lance un défi d’improvisation. Le troisième Jo, Attila József, le poète au front plissé qui parcourt en douce ce Penzum, l’avait noté : « Ceux-là qui sont la chair de cette grande époque / Ceux-là dont le visage est abîmé ». Les visages de Joëlle Léandre et de Josef Nadj condamnés, le dessin devient alors le prolongement tangible de la danse. Le son du fusain vient rythmer la musique de la contrebassiste dont le corps en action renvoie au corps hoquetant du danseur. Pour les deux bretteurs, le vocabulaire est laconique, perclus d’obsessions rejouées : spasmes, ostinatos, drones en cascade et double cordes. Une sorte de matière ancestrale. La longue plainte chantée par Léandre finit par poser magnifiquement les conditions de surgissement du poème, arraché de sa propre gorge par Nadj. Puis surgissement de l’essence même du poème selon Saint-József : le corps animal, ici un dieu cervidé magistral et apaisant.

 

Badneighbour

 

Funny how Penzum starts. Hidden behind his virgin canvas, the first Jo shakes his fan (Shake). Then enters by handling a sort of Spear. The second Jo is near and sounds his bells. Masks and tins has canceled the genres. The trouble of the theater is here. We would hardly miss a witch or a ghost to go for a walk at William’s. However spirits appear very quickly. Blackened and rubbed on paper. Josef Nadj and Joëlle Léandre go to primitive art. Nervous. Fascinating. This friction acts by multiple association. Friction of the charcoal that reveals the shamanic iconography of the dancer. Friction that launch the musical imprecations of the bassist. Friction of ideas and materials in this perf initiated as one challenges the other for an improvisation. Then enters the third Jo, Attila József. Poet with the wrinkled forehead that runs slowly through this Penzum had noted: "Those who are the flesh of this great time / Those whose face is damaged." The faces of Joëlle Léandre and Josef Nadj are condemned and the drawing becomes the tangible extension of the dance. The sound it produces comes to rhythm the music of the bassist whose body in action refers to the hiccuping body of the dancer. The vocabulary of both cracked actors is laconic. Obsessed with renewed obsessions: spasms, ostinatos, drones in cascade and double strings. A kind of ancestral codex. The long complaint sung by Leandre beautifully brings the conditions of emergence of the poem. Sounds torn from his own throat by Nadj. Then the essence of the poem according to Saint-József emerges: the animal body, here a magisterial deer god.