Anthony Laguerre solo

photos © Sébastien Bozon

29 août 2019.
KMØ / festival Météo / Mulhouse

 

Dans les baloches ou les salles de rock, le batteur est toujours un peu celui qui remporte la mise et repart avec les filles. En musique impro, les mecs sont encore plus malins, ils calent directement des concerts de batterie solo. Pas de concurrence. En revanche, cela oblige à assumer le lead, le rythme et les riffs pour headbanger amateur. Anthony Laguerre n’a pas vraiment l’air de s’en faire pour cela. À la puissante chamanerie qui ouvre son set, succède très vite les saccades coordonnées comme une parade de géomètres après l’apéritif. Autodrone assuré par les petits hauts-parleurs retournés sur la peau de la caisse-clair, Larsen téléguidés secousses et frottements de tous ordres. On annonçait de l’orage à Mulhouse. Le tonnerre s’est cantonné au KM0. Un déluge sonore magistral où le traitement sonore vient en appui classe de l’acoustique. Faites face à un solo de batteur et vous verrez très vite poindre le théâtre. Le kabuki japonais a pigé cela depuis longtemps. La dramaturgie de Laguerre cogne le silence, gobe les résonances qui en découlent pour laisser jaillir des saynètes où il est forcément question de comment on reste debout, comment on ressent, comment on fait face. En tendresse et en puissance. 

 

_ Guillaume Malvoisin / LeBloc

 

In ballrooms or rock venues, the drummer is always the one who somehow wins the bet and the girls. In improvised music, guys are smarter, they play directly drum solos. Nothing left to be said. On the other hand, it forces to assume the lead, rhythm and riffs for the headbanging afficionados. Anthony Laguerre doesn't really seem to care about any difficulty. The powerful shamanery that opens his set is followed very quickly by the train of drumming tied as geometers after the aperitif. Autodrone ensured by the small loudspeakers returned to the skin of the snare drum, remote controlled feedback, shaking and friction of any kind. There were reports of storms in Mulhouse. The thunder was inside KM0. A masterful deluge of sound where the electronic is a class support for acoustic. Face a drummer's solo and you will soon see the theatre appearing. The Japanese Kabuki has understood that for a long time now. Laguerre's dramaturgy hits silence, swallows the resonances that flow from it to let out sketches where it is inevitably a question of how we stand, how we feel, how we face. With a damn good tenderness and power.