Tony Hymas / Hélène Labarrière / Simon Goubert

photos © Médéric Roxalane

vendredi 8 mars 2019.
L'Arrosoir jazz club / Chalon-sur-Saône

 

Nouveau trio pour vieux amis. Vieille formule pour répertoire en renouvellement. Piano, basse, batterie. Tony Hymas, Hélène Labarrière et Simon Goubert. Trio à propulsion, actuellement en tournée missionnée BFC. On avait pigé, depuis Ovide, que la joie apporte son lot d’amis. Sur la scène chalonnaise de L’Arrosoir, les trois bretteurs affichent clairement la règle du jeu : la joie est collective. Les discours individuels sont versés au pot commun. Labarrière & Goubert assurent la moiteur du moteur, Hymas lustre les chromes. L’interplay joue avec les codes et les attentes, renoue l’art du balai old school avec l’attaque de cordes siglée Free. Pour la forme, du jazz véloce, sensible et réfractaire. Aux trucs de vieux, comme aux faux modernismes. Pour le propos, l’état de hâte hot planétaire, la part des femmes dans les luttes espagnoles de 36 et sans doute un vieux truc en rapport avec les plaisirs ultra souples et toujours un peu anars.

Tracés non durables, leadership flottant, liberté de choisir ses détours. Et c’est en fonction de cet état du leadership, notamment, que ce trio devient enthousiasmant. On sait le penchant de Tony Hymas pour la chose libertaire (voir par ailleurs ses albums sortis chez Nato), on voit le piano jouer d’humilité pour ouvrir son territoire à la basse d’Hélène Labarrière. Belle idée, pour un musicienne aussi prompte à se frotter à Mingus avec Mohamed Rouabhi comme à débusquer les recoins de morceaux entrés dans le patrimoine collectif, en compagnie de Hasse Poulsen. Marrant la similarité des mains de la paire Hymas / Labarrière à l’état de jeu. Notes travaillées du bout des doigts. La bassiste met en jeu son attachement à la mélodie à peine perturbé par des écarts harmoniques sans devises, par les ponctuations frappées à vide et pleine de gonades. À ses côtés, le piano est cursif, à la façon claire et pointilleuse de détails de certains bédéïstes belgicans. La touche Hymas s’impose par petits îlots de motifs, tirant des clartés de l’épaisseur même du blues, tout juste bousculés par les ruptures franches du drumming de Goubert, forcément cinglant d’Afrique. Vieux continents, vieille formule et liberté de jouer avec les racines. Que ça convoque le groove binaire, le tradibop récréatif. Que ça invoque le petit requiem décentré de Cassum Pipem écrit par Jean Aussanaire, une paire d’année avant de s’éclipser.

 

Badneighbour

 

New trio for old friends. Old formula for new scores. Piano, bass and drums. Tony Hymas, Hélène Labarrière and Simon Goubert. Some kind of propulsion trio, currently on tour with a BFC mission. Ovid told us, joy brings its bunch of friends. Here, the three swordsmen clearly reveal the rule of their game: joy will be a collective thing. Individual speeches are bounded to the common goal. Labarrière & Goubert ensure the engine's wetness, Hymas polishes the chrome. The interplay plays with codes and expectations. It reconnects the art of the ‘old school’ brushes with the Freeful string attack. It’s a fast, sensitive and refractory jazz. To old people's trickss as fake modernisms. This told us the state of hot planetary emergency, the women struggle in the 36 Spain and undoubtedly an old thing related to the ultra smooth and always a little anarchic pleasures.

Short-lived patterns, floating leadership, freedom to choose the bends. And it’s that state of leadership, in particular, that brings this trio to an exciting area. One knows Tony Hymas' taste for the libertarian thing (see his discography released by Nato), One’ll see his piano playing with humility to open its territory to Hélène Labarrière's bass. Great idea, for a woman who also experienced in the art of hustling with Mingus as well as flushing out détails of tracks that have become part of the collective heritage, in the company of Hasse Poulsen. Funny to see the similarity of hands at work of the Hymas / Labarrière pair. Both work with fingertips. The bassist plays with her attachment to the melody, barely disturbed by harmonic saltos or struck empty and full of gonads punctuations. At his side, the piano is cursive, in the clear way of some Belgian comic artists. The Hymas touch imposes his small archipelago of motifs, drawing light from the very thickness of the blues, barely impaired by the frank ruptures of Goubert's drumming, obviously biting some African stuff. Old continents, old formula, we said. And freedom to play with roots. Let it summon the binary groove, the recreational tradibop. Let it invoke the little off-center requiem of Cassum Pipem written by Jean Aussanaire, a couple of years before he disappeared.