Jaimie Branch / Fly Or Die

photos © BdN

vendredi 16 novembre 2018.
Be Bop Or Be Dead / La Poudrière / Belfort

 

À quatre pattes, la gueule ouverte. Jaimie ‘breezy’ Branch convoque son Fly Or Die à son radical. Libre le radical. Très libre même et gôné comme un combo de Carnaval au Vieux Carré : hypnose à plaisir, original hip hop style, 30´s lookées et lyrisme de crieur de rue. Tiens en parlant de Vieux Carré, c’est Lester St. Louis qui remplace Tomeka Reid au poste de celliste (cf. chronique du LP). On n’y perd rien côté bruisme, on y gagne sans doute un peu de challenge, à en juger les oeillades provoc’ échangées avec Jason Ajemian, bassiste de l’affaire.

Aux petites montées diagonales, menées à la sanza par Chad Taylor, succède la première charge. SuperJaimie clame « it‘s a prayer for America ». Sorte d’imprécation venue du bayou 2018, pleine de growl, ce blues rageur et tiédasse est prêt à voler dans les plumes du gars Donald, ou des gaziers un peu louches croisés plus tôt dans les rues de Belfort gonflés dans leurs bombers confédérés. Le free jazz est une musique politique et le président orange est un des dédicataires de choix de la révolte soufflée par le quartet. Son urgence fraternelle baigne La Poudrière d’abstraction noise et de saillies foutrement libres. Ça se joue aujourd’hui, ça convoque les blues gueulards originés dans les bordels de Louisiane. C’est constamment super inventif, aussi. On imagine Art Farmer prendre Axel Dörner au bras de fer. Et pour le reste du show, si on accepte le raccourci qui ferait entendre Nina Simone chanter comme une trompette (écouter My Man’s Gone Now sur Nina Simone Sings The Blues), on peut sans mal accepter que miss Branch trompette un flow aussi souple que les héros du jazz rap. Et son leadership d’assumer plein gaz ses assauts sonores sans être dénué d’une écoute d’acier. Les trois cocos du background, loin de s’effacer, jouent la carte du sidekickin’ deluxe poussant le set jusque dans son ellipse finale. Branch reprenant le mic pour un chant viscéral : « It’s a love song / for assholes and clowns » . Choisi ton camp, Camarade.

 

Badneighbour

 

[EN]_ Wide open mouth. Jaimie "breezy" Branch sets her Fly Or Die with freedom and fighting spirit. With chunks of glamorous gloss, too. As a Carnival combo of the Vieux Carré should be: hypnosis that leads  to pleasure, original hip hop, 30´s style and town crier lyricism. Speaking of Vieux Carré, Lester St. Louis replaces hereTomeka Reid as cellist (cf. LP review). Nothing is lost in terms of noise, we almost probably gain a little challenge, judging from insights exchanged with Jason Ajemian, the grounded bassist of this misty venture.

Coming from a 2018 bayou, the small angular ascents, led by Chad Taylor's sanza, followed by the first stroke. SuperJaimie proclaims her "it's a prayer for America". A kind of blues full of growl, raging and ready to fight the Donald or these suspicious lads dressed in Confederate bombers and met earlier in the streets of Belfort. Free jazz is a political music and the orange president is one of the dedicators of the revolt blown by the Fly Or Die. His fraternal urgency bathed La Poudrière in abstract noise and damn awesome freedom. It's played today, it's calling the blues gueulards who originated in the brothels of Louisiana. It's constantly super inventive, too. One can imagine Art Farmer taking Axel Dörner at arm wrestling. And for the rest of the show, if we accept the shortcut that would make Nina Simone sing like a trumpet (listen to My Man's Gone Now on Nina Simone Sings The Blues), we can easily accept that Miss Branch trumpets some flow as soft as heroes of jazzrap's flow. She assumes her leadership with power and even some tenderness. The background musicians, far from disappearing, plays the sidekickin' deluxe card, pushing the set into its final ellipse. Branch using the mic again for this visceral song: "It's a love song / for assholes and clowns". Choose your side, Comrade.