Etienne Jaumet

photos © DR

jeudi 20 septembre 2018.
Sabotage / La Péniche Cancale

 

Frais comme un gardon, rond comme un citron. Jaumet est à Dijon. On le connaissait en geek modulaire, on l’avait vu ici même en moitié de Zombie, il est revenu saxé et payeur de tribut à une paire de darons du jazz. En solo, la relecture du panthéon. Son set, livré à la Péniche Cancale pour Sabotage, est aussi cru qu’un tartare préparé sans câpres. C’est coupé au couteau, ça cahote, c’est plutôt cavalier mais c’est bon. Tant pis pour les puristes, des synthés comme de la syncope, à savoir rester simple on touche souvent la cible. On ne résumera pas ici le topo des liens fétichistes de Jaumet à la cinétique et à Carpenter (tendance Maritie et Gilbert) mais c’est le fétichisme, justement, qui sauve les tracks d’un concert repeint de candeur et sauvé de l’indigence et de la déférence. Voir Jaumet mettre ses petits souliers pour poser un thème façon m-base de Philip Cohran (Unity) ou aller fricoter avec Miles Davis le temps d’un Shhhh pas si peacefull malgré ses larges tranquillités, c’est aussi faire redescendre le jazz de la discothèque à papy.

Il y a de l’ancien, de l’héritage mais surtout une relecture un peu marloue et foutrement amoureuse d’une paire de thèmes qui font aussi le matos de l’album à sortir fin octobre, 8 regards obliques (Versatile records). Obliques, les citations de jazz modal de Miles ou les répétitions pépouzes et in extenso d’un thème rebattu comme Caravan. De travers, sa reprise de Nuclear War, limite à même de faire copuler en juste noces Sun Ra et Kraftwerk dans les backrooms du Palace de 1987. Diagonales, aussi, ses invocations typées Pharoah Sanders ou Ornette Coleman (Theme From A Symphony de l’album Dancing In Your head, donnée ici en primeur live) où Jaumet mêle avec une fausse candeur les aigus Obao et les basses de gore movie, juste de quoi garder la face et faire sienne une musique de grands anciens. Et son set tient debout largement grâce à cette obsession à rester lapidaire. Pas faire le malin, garder les mains dans poches, le regard par en dessous, un sourire au coin de la gueule. Puis ralentir et déconstruire. Comme pour cette version monstrueuse, au double sens du mot, du Spiritual de Coltrane qui lorgne sur la mélancolie et l’impact émotionnel qu’on pourrait coller aux travaux de Le Corbusier. Enfin du vrai jazz 3.0 ? Yeah, bébé !

 

Badneighbour