Running Backwards - Andy Emler

mardi 14 novembre 2017 / MCNN (Nevers)

 

Du jazz à l’œil. Oui, mais où rien n’est gratuit. Fondé sur le paradoxe du monde actuel, le progrès triomphant accompagnant un repli moral hors-pair, la musique du quartet mené par Andy Emler ne fait pas dans l’oeillade mais frôle le décollement de rétine tout à son observation des rétrogrades de tout poil. Dirigée sous le regard quasi constant d’Emler, la rythmique assurée de Claude Tchamitchian (contrebasse) et Eric Echampard (drums) pose ce MiniOctet sur les chemins du compte à rebours. Membres agitateurs du MegaOctet, compagnon de route et de bordée, Emler, Tchamitchian et Échampard sont aux prises avec Marc Ducret (guitare) pour ce Running Backwards

Signe des temps. Retour en arrière. Et au grand galop. Ce qui est en jeu ici est sans doute bien cela, la rapidité et la fluidité des échanges. Ou, peut-être encore plus justement, l’échange de fluide contre la colère qui est la base pessimiste de l’album éponyme (La Buissonne. 2017) joué ici dans son intégralité +1. Emler dirige de dos, ses 3 camarades resserrés en mode power trio. Faire cocon à quatre pour déjouer les allures rétrogrades de l’époque et faire armes de tout bois : breaks au scalpel, ruminations de motifs, humour christique (Lève-toi et Marc) et autres interrogations en forme de décharges sonores. Aux suspension d’accords inquiets répondent quelques spasmes rigolards. Sad & Beautiful ou Watch Your Back Darwin démontent « ces conneries » qui nous rendent capables de faire de belles choses et quelques autres furieusement moins classes. La classe est ailleurs, dans le compendium mis sur l’établi ici : petite figures de turnaround, pépiements divers, résonances, blagues récurrentes, petites cellules motivés du bout des doigts. Et convoquation royale du dialogue piano-guitare joué à rebours et tout gaz ouverts. Marc Ducret, jamais meilleur qu’en contrepoints léchés et autres abrasions dissonantes, ira souvent tutoyer franchement la main droite du pianiste. Fluidité, rapidité des échanges, dialogue en temps réel. Jazz 2.0 ? Va savoir. Tout cela reste condensé dans le morceau de rappel Mitotal qui lance ce set sur la piste du bilan de mi-parcours, une déclaration qui vise sans doute à éveiller qu’à convaincre. Dont acte.

 

Badneighbour

 

Free Jazz. Indeed but nothing is free here. Jazz based on the paradox of nowadays : the triumphant progress goes with an gloomy moral retreat. The music led by Andy Emler has notng cheap but is outstandly free. Directed under the constant gaze of Emler, the rhythm section of Claude Tchamitchian (double bass) and Éric Échampard (drums) drives this MiniOctet on the path of countdown. ormer players of the MegaOctet Emler, Tchamitchian and Échampard are struggling with Marc Ducret (guitar) for Running Backwards.

Go back then. And at full speed. This is what it’s played here : the speed and the fluidity of the exchanges. That’s the pessimistic basis of the album of the same name (La Buissonne. 2017) played here in its entirety +1. Emler runs from behind and his 3 comrades tighten in power trio mode: chirrupical breaks, pattern ruminations, Christic humor (Lève-toi et Marc) and other queries in the form of sound discharges. The suspenseful chord stops answer some funny spasms. Sad & Beautiful or Watch Your Back Darwin run against "those bullshit" that make us able to do beautiful things and a few less classy ones. The class is elsewhere. In the compendium used here: little turnarounds, various chirps, resonances, recurring jokes, small cells motivated with the fingertips.Piano and guitar dialogue backwards. Marc Ducret has never been better than in these licked counterpoints and other dissonant abrasions. Fluidity, rapidity of exchanges, dialogue in real time. Jazz 2.0? Who knows.