Sylvie Courvoisier solo

photos © Sébastien Bozon

28 août 2019.
Chapelle Saint-Jean / festival Meteo / Mulhouse

 

Pas grand chose à dire de neuf sur la dégaine d’autoportrait qu’un solo peut prendre. Sylvie Courvoisier, un piano et quatre pièces courtes pour prolonger cette idée. Quatre pièces traçant une nébuleuse unique. Une nébuleuse intime qui se déploie dans ses grandes largesses, où passent arpège baroque, clusters lisztiens, la main droite de Fats Waller, la gauche d’Art Tatum et une jolie paire de tocades contemporaines souveraines. 

Les large battements sonores concrétisent, imagine-t-on assez facilement, les larges battements intérieurs de la pianiste et poussent Courvoisier à décrocher très vite les étoiles du plafond de la Chapelle Saint-Jean. Pour voir plus haut. Nait une cosmogonie pianistique dansant sur un axe unique, élargissant toujours son espace, réduisant toujours plus la notion de temps à un idée un peu vaine. Pas besoin de savoir si tout cela avance. Pas besoin d’en connaitre la destination. Aux parfaites litanies miniatures de l’ouverture du set répondent les accords contredits dans leur résolution. La rupture est franche comme la jonction discrète, la citation tape dans la part commune comme dans la bio individuelle de la musicienne. 

Dans la seconde pièce plus taylorienne (fraction Cecil) que taylorisée, Sylvie Courvoisier multiplie les tâches quasi-simultanées et approfondit toujours plus sa matière. S’empilent héritage et recherche actuelles dans un équilibre quasi libertaire. Les troisième et quatrième pièces livrent une touche plus délicate mais frottée là encore au paradoxe, à la puissance d’attaque et aux objets placés parmi les cordes. Les résonances perturbées viennent s’ajouter au reste de la musique accumulée dans chaque coin de la chapelle et finissent de rendre ce set fascinant au sens premier du mot, et sa démiurge incontournable. Busta Rhymes l’avait déjà noté à propos d’un homonyne. :  « You can pass me the Remi, but pass the Courvoisier. » Cheers, yo !

 

_ Guillaume Malvoisin / LeBloc

 

Not much to say about the self-portrait drawn in any solo exercise. Sylvie Courvoisier, a piano and four short pieces to extend this idea. Four pieces drawing a singular nebula. An intimate nebula in its great generosity, where we can hear Baroque arpeggios, Lisztian clusters, the right hand of Fats Waller, the left of Art Tatum and a pretty pair of sovereign contemporary tocades pass by. 

The wide musical beats concretize, one can easily imagine, the pianist's wide inner beats and push Courvoisier to quickly get the stars off the ceiling of the Saint-Jean Chapel. To see higher. A pianistic cosmogony was born, dancing on a single axis, always widening its space, reducing the notion of time ever more to a somewhat vain idea. No need to know where all of this goes. To the perfect miniature litanies of the opening respond the chords contradicted in their resolution. Between them, the rupture is frank like the junction is discreet, the quotation lays in the common part as in the musician's individual bio. 

In the second piece more Taylorian (Hello Cecil) than Taylorized. Sylvie Courvoisier multiplies the simultaneous tasks and deepens her subject even more. Current heritage and research are piling up in an almost libertarian balance. The third and fourth pieces deliver a more delicate touch, but here again rubbed against the paradox, the attacking power and the objects placed among the strings. The disturbed resonances add to the rest of the music accumulated in each corner of the chapel and finish making this set fascinating in the first sense of the word, and its demiurge, an vital one. Busta Rhymes had already noted it about a homonyne. "You can pass me the Remi, but pass the Courvoisier. "Cheers, yo!