LA CHOSE COMMUNE - David Lescot & Emmanuel Bex

mercredi 15 novembre 2017 / MCNN (Nevers)

 

La Commune de Paris par la petite porte, ou mieux par la petite piste. Avec une rythmique de petite valse de chapiteau. Petite piste de cirque de rue dès l’intro, sans cérémonie mais prise d’un élan presque jouisseur. La révolution arrive sans s’en faire. David Lescot l’a alpaguée par le bras et le côté populaire, sans charge martyre, avec la légèreté des saisons à cerises. Et ce dès l’ouverture de La Chose Commune, spectacle qu’il met en scène. Long flot de parole syncopée façon trompette (on le verra plus tard, le gazier est aussi un abonné du tuyau) : « nous avons fait une révolution pas exprès. »

Elle est belle, la place faite à la parole. Scandée, proférée, rebondie ou chantonnée par la petite armée bilingue, debout sur ses barricades de sons. Une bonne douzaine de petits tableaux au « parfum d’honneur » dont parlais Vallès convoqué par Lescot au détour des illustrations/figurations vivifiées par ses acolytes. Soit un quintet jazz pour dire la révolution, façonner un geste de chronique impermanente (même si déjà gravée sur disque (Le Triton - 2017) : Emmanuel Bex, Géraldine Laurent, Simon Goubert pour la musique, Élise Caron et Mike Ladd pour les deux autres voix. Une communauté d’énergies.

Au-delà du titre dont les circonvolutions de sens fascinent, ce spectacle fait le choix du déroutant. Donc du salvateur. Ramener du solaire sur le drapeau rouge, éviter l’écueil de la jazzeïfication du patrimoine communard, jouer avec légèreté le populaire d’alors contre le populaire du jazz du jour, ou mieux, et autre petite révolution, d’en tester ce qu’il reste de populaire, dans le jazz (français) aujourd’hui. « C’est la canaille et bien j’en suis. » 

C’est très brillant (même si de temps en temps la forme tire sur la corde et la longueur, frôle le procédé systématique en distançant le fond) et ces décalages accueillent l’autre révolution que porte le jazz. Rumeurs parkeriennes sur chant de merle moqueur et autre gai Rossignol. C’est peut-être aussi un peu cela cette chose commune. Les deux révolutions côte à cote. D’autant plus forte que jouer dans une maison de la culture , autre maison du peuple, et fabriquée avec l’argent public. « Faire la guerre comme on fait la fête. » Et d’un tremblement de poète, rêver les défaites.

 

Badneighbour

 

'La Commune de Paris' entered by the small door, or better by the circus ring. With a rhythm of a small waltz. Without ceremony but with impulse of lovers. David Lescot has taken her by the arm and the popular side with the lightness of the cherry seasons. And this from the opening of La Chose Commune that he staged. Long stream of speech syncopated like trumpet does here and there: "we made a revolution not deliberatly."

he place made to the word is great. Words are scattered, uttered, bounced or hummed by the small bilingual army standing on his barricades of sounds. A good dozen small paintings with the "perfume of honor" of which Vallès spoke summoned by Lescot at the turn of illustrations enlivened by his acolytes. A jazz quintet to tell the revolution: Emmanuel Bex, Géraldine Laurent, Simon Goubert, Elise Caron and Mike Ladd. Community of energy. Bringing the sun back to the red flag, avoiding the pitfall of jazzeifying the revolution heritage, playing lightly the then popular to test what remains popular in jazz today. "Well I am a rascal, too".

It is very brilliant (even if from time to time the shape approaches the systematic process) and these offsets welcome the other revolution that carries the jazz. Parkerian rumors on mocking blackbird and other gay Rossignol. It may also be a bit like this Chose Commune. This common Thing. The two revolutions side by side. "Make war like we're having a party". And from a poet's tremor, dream the defeat.