Nasheet Waits. Children Of The Star

photo © Mélanie Merlier (Sons d'hiver)

samedi 23 février 2019.
festival Sons d'hiver / Créteil

 

Sono globale, condition humaine et monde(s) moderne(s). Il y a dans la combine de Nicole Mitchell un peu de la combine Malraux — regarder là-bas pour faire bouger ici. Il y a, dans son pilotage du Black Earth Ensemble, un peu de l’exact opposé de la world music normalisée à l’orée des nineties. L’occident jouait alors les filles de grande vertu en se fardant de musique trad’, en mettant en boucle, souvent synthétiques, les percussions et les bruissements du monde. Là, en scène, le débat est ouvert. L’Afrique et l’Asie viennent fracasser le reste des prérogatives de l’Occident. Pas de concours à gagner, seulement la nécessité d’aller chercher l’amitié de l’oreille d’en face, et une réponse idoine. On est tout proche des raisons de l’exil barbadien de Nina Simone en 1974 (cf. 'Shiny Divider'), on n’est pas très loin des quêtes africaines frottées au Free par les chercheurs de l’AACM des années soixante. L’album éponyme du Black Earth Ensemble agit comme un blueprint pour la scène qui pousse encore ailleurs la formule de confrontation voix/musique d’ensemble (cf HAGL et Ambrose Ankinmusire, entendus plus tôt dans le festival). Souvent ça peut flirter avec les limites du 'néo-hippi-isme' dans son entêtement communautaire mais les motifs expérimentaux, les incises soulful de poète breakbeat cabochard ciselé in extenso par Avery R. Young et les clusters-monde happés par Hélène Breschand tirent facilement la musique de cette ornière. Aux cordes diagonales controlées magistralement par la paire Tomeka Reid / Mazz Swift répondent les pointes cunéiformes du shamisen joué par Tatsu Aoki. Instruments technologisés versus sonorités traditionnelles, et l’élan politique de se nicher à la jonction des mondes. émergents, donc, là où la poétique a décidé de prendre sa source dans la friction, dans le dialogue enamouré comme dans la discussion vernaculaire. Il y a, ici, un peu le même élan que celui qui délie les langues des anciens, sur les places de certains villages, le soir. Là, un des sujets pourrait être la course des étoiles, le prix du lait ou l’art de faire sens à plusieurs.

 

Badneighbour

 

Global sono, human condition and modern world(s). There is in Nicole Mitchell's gimmick a little bit of the Malraux’ one — look over there to get things better here. There is, in her leadership of the Black Earth Ensemble, a little of the exact opposite of normalized world music we heard at the beginning of the nineties. The West then played the model student by making up with traditional music, looping world percussions and rustle. Here, on stage, the debate is open. Africa and Asia are shattering the rest of the West's prerogatives. No competition but only the need to seek friendship from the other ear. And an appropriate answer. We are very close to the reasons for Nina Simone's Barbadian exile in 1974 (listen to Shiny Divider), we are not very far from the African quests rubbed with free music by AACM researchers in the 60s. The Black Earth Ensemble's eponymous album acts as a blueprint for the stage that pushes the voice / ensemble music confrontation formula even further (cf HAGL and Ambrose Ankinmusire, heard earlier in the festival). Hear the experimental motifs, the breathless incises of the breakbeat poet Avery R. Young and the cluster-mundi stroke by Hélène Breschand. The diagonal strings, beautyfully controlled by the Tomeka Reid/Mazz Swift pair agrees with the wedge-shaped tips of the shamisen played by Tatsu Aoki. Technologized instruments and traditional sounds bring the political impetus to land at the junction of emerging worlds. Emerging, therefore, where poetry has decided to take off in friction, in the enamored dialogue as in the vernacular discussion. There is, here, the same kind of burst as the one that unites the languages of the elders, in the squares of some villages, in the evening. Here, one of the topics could be the star races, the price of milk or the art of making sense together.