Anthony Braxton. Zim Music & Solo.

photos © Mélanie Merlier (Sons d'hiver)

vendredi 15 et samedi 16 février 2019.
festival Sons d'hiver / Vitry/Seine / Cachan

 

Anthony Braxton. Une légende. Deux salles, deux ambiances. Premier soir, Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, Zim Music. Derrière un nom qui semble tombé du tapis d’Aladin se cache un sextuor redoutable. Un sextuor à la pensée faite de triangulation et d’une facilité à prendre Pythagore pour un forcené du groove. Zim est un ensemble où Braxton s’amuse avec les répertoires et les générations de musiciens. La partition est large ouverte à l’abstrait, à la citation bop ou folk et au forage de la modernité. Ici, Ravel, Sibelius, Schönberg baguenaudent au détour d’une mesure, triade mal assortie à priori mais parfaitement raccord en scène. Là, ce sont les idiomes jazz qui sont puisés dans les recherches qui ont marqué son histoire. Face aux notes pesées au trébuchet, des instrus instruis. Ingrid Laubox et Braxton aux sax, Miriam Overlach et Jacqueline Kerrod aux harpes, Carl-Ludwig Hübsch au tuba et Jean Cook (violon) propulsent la musique de Zim dans les haute sphères intellectuelles où l’esprit s’amuse encore avant le manque complet d’oxygene. Au sein de ce petit orphéon Free, une chose surprend. Voir Braxton, jouer, et écouter, avec un battement régulier, le groove secret, rivé à sa seule oreille interne. 

Second soir, Théâtre de Cachan, Sir Braxton est en solo. à l’heure où tout se remix, où tout se remake, voir Braxton remette en jeu son capital, aussi impermanent qu’un bouddha sous un manguier, est une chose salutaire. Pour preuve de l’OPA braxtonienne sur l’histoire musicale, entre autres nombreuses réussites, voir les album In The Tradition (1974 et 1976). À Cachan, le saxophoniste, sur des techniques qu’on pourrait déjà voir comme anciennes dans l’histoire - encore jeune - de cette musique nommée jazz, joue avec l’esprit du jour : growl, écarts de gammes, ruptures de tempo et saisissement du thème ou de la mélodie native comme tremplin pour l’ailleurs, pour tordre jusqu’à l’essence même des standards passés sous ses clefs. Sévèrement moins dodeca’ que la veille. Moins armé, aussi, seul un sax ténor pour ce solo. Plus velouté mais, bien évidemment, bien loin de toute mièvrerie nostalgique. Pour Braxton, le standard semble encore avoir des ressources à explorer, n’être au final qu’une façon plus ou moins plaisante d’agencer de l’air. L’art consistant alors dans la maîtrise et dans les tentatives de contrôle de cette chose impalpable. Plus haut, forcené, disions-nous.

 

Badneighbour