Bedmakers / Tribute To An Imaginary Folk Band

photos © Sébastien Bozon

27 août 2019.
Théâtre de La Sinne / festival Meteo / Mulhouse

 

Comme on fait son lit, on se couche. Va savoir dans quel état ces quatre-là se sont couchés mais leur lit est loin d’avoir été fait au carré. Chez les Bedmakers, on n’a pas l’allure militaire et on porte le calot de travers. Chaque musicien accole son pédigrée sur celui de ses compères et l’addition du grand tout ressemble à ces jeux de pistes dont la timbale importe carrément moins que la joie de mettre les deux pieds dans la boue pour la décrocher. Cut-ups de reels britons ou approchants, folklore ré-imagé, pépites hymniques d’Irlande du Nord comme On The Turnpike. Voilà pour les indices. Rupture, patterns obsessionnels et fragments de mélodie. Voici pour l’ouvrage. Ça se tiraille et ça défouraille pour faire sonner le mot accord, dans chacun de ses sens, le vestimentaire mis à part peut-être.

Bedmakers baseline son répertoire Tribute to an imaginary Folk Band. Les inconnus en question le resteront mais l’hommage, lui, est largement tangible. C’est classe. Le quartet livre une façon de visitation laïque du sacré populaire. C’est très classe. Classe lui aussi, le contrepoint de deux paires mis en équations. Aux cordes raides, verticales et implacables de Mathieu Werchowski et de Dave Kane s’étend le terroir flottant dessiné par les frappes de Fabien Duscombs, terreau royal sur lequel évolue Robin Fincker. Et la règle du jeu devient distincte. Assener sans se retourner, revenir sur le motif plus tard et pratiquer la politique de la terre brûlée. Au vent des landes de pierres. À vouloir jouer du folk avec un groupe anti-folk, on finit par rejoindre avec splendeur les routes de l’Irlande filmée par John Ford. Large de champ, noire mais foncièrement humaniste. 

 

_ Guillaume Malvoisin / LeBloc

 

You have made your bed - now you have to lie in it. And the bed of these lads is far from being neat. Among the Bedmakers, we don't like the military pace and we wear the cap awry. Each musician attaches his pedigree to his companions’ one and the whole thing resembles these paper chase whose victory is less important than the joy of putting both feet in the mud to get it. Cut-Ups of Britons’ reels or similar, re-imagined folklore, hymnic nuggets from Northern Ireland like On The turnpike. Here is the clues. Rupture, obsessive patterns and melody fragments. Here's for the recipe. It makes the word accord sound in each of its senses, except for the clothing perhaps.

Bedmakers is basing its repertoire with this : ‘Tribute to an imaginary Folk band'. The unknowns in question will remain so, but the tribute is largely tangible. It's classy. The quartet delivers a way of secular visitation of the popular sacred. It's very classy. Thus goes the counterpoint. With the stiff, vertical and relentless strings of Mathieu Werchowski and Dave Kane, expand the floating ground drawn by the drums of Fabien Duscombs, royal soil on which Robin Fincker evolves. And the rule of the game becomes finally obvious. Claim without turning around, come back later to the motif and practice the scorched earth policy. Wanting to play folk with an anti-folk group, we end up splendidly joining the roads of Ireland filmed by John Ford. Wide in scope, black but fundamentally humanistic.