Ahmed

photos © Sébastien Bozon

mardi 21 août 2018 / Noumatrouff.
festival Meteo Mulhouse

 

D’emblée, la familiarité. Projet simplement prénommé Ahmed. Familiarité affichée par le tempo de petite marche de l’ouverture du set. Ça pose l’oreille en douceur au centre des échanges du quartet. Ça réduit joyeusement la règle du jeu à un slogan proto-publicitaire à trois verbes : listen, dance and think. Écoute, danse et pense. Sous ses allures de titre idéal pour le film socio-poetico-cinq-étoiles de la rentrée, l’ordre du slogan importe. Et pas qu’un peu. Écoute, amuse-toi et tu réfléchiras plus tard, la danse jouant les entrées nickel dans les mondes de l’esprit. Relativement statique en scène, Ahmed tente donc un passage par les bordures. D’aucuns jugeront ceci un peu froid. D’aucuns verront cela comme peu photogénique. Effectivement, les débats se cantonnent farouchement aux intérieurs. Ce qu’on voit : une avancée de façon synchrone, à quatre, sans question ni réponse. Sans solistes, sans matériau thématique prépondérant. Ce qu’Ahmed balance en douce : une structure musicale ultra alerte et mobile mais surtout sacrément têtue dans son envie d’évocation de la musique et de la philosophie d’Ahmed Abdul-Malik, contrebassiste et joueur d’oud. Penseur plus ou moins éclipsé par la trajectoire coltranienne ou encore par les Afro-space-furies de Sun Ra. Un peu de justice lui est rendue par le quatuor où Joel Grip (contrebasse),  Antonin Gerbal (drums), Pat Thomas (piano) et Seymour Wright (saxophone) s’entêtent à ne pas prendre le rôle de leader. Et le petit astéroïde qu’est pourtant Ahmed Abdul-Malik, de prendre joliment la tangente spirituelle Occident/Moyen-Orient/Afrique. Ahmed le quartet fait fi de tout décorum pour hisser à hauteur de vue sa danse quasi inextinguible. Abattue du plat de la main, aiguillonnée sans étrangeté malvenue. Ahmed, qui titre, pourtant, le recto et le verso de son dernier LP d’un ‘Anxious’ laconique, cherche l’hypnose fraternelle, la transe dans l' économie. Et d’y parvenir malgré la froideur, malgré la sobriété, à force d’un travail frontal fascinant. Et le quartet de tendre une perche sensitive à l’auditeur. Reste à sa charge d’aller fouiner parmi les étoiles qu’aura laissées trainer Abdul-Malik au virage des 60's.

 

Badneighbour

 

It’s all about familiarity. Just named Ahmed and just led by four guys. This project deals with familiarity. The tempo of small march of the opening puts gently our ears in the dancefloor. It happily reduces the rule of the game to this proto-slogan: listen, dance and think. The order of these words matters. And much. Listen, have fun and you'll think later, the dance playing the entries in a spiritual world. Ahmed rides the detour route. Indeed, the debates are fiercely confined to the interior. What we see: an collective movement without question nor answer. Without soloists. What Ahmed gently sways: a perfectly voluble musical structure. A damn thing. Stubborn in its desire to evoke the music and philosophy of Ahmed Abdul-Malik. A major thinker more or less eclipsed by the coltranian trajectory or by the Afro-space-furies of Sun Ra. A little justice is returned by the quartet where Joel Grip (double bass), Antonin Gerbal (drums), Pat Thomas (piano) nor Seymour Wright (saxophone) do not take the role of leader. And the small asteroid that is Ahmed Abdul-Malik nicely takes the spiritual tangent from West to Africa. Ahmed quartet ignores any decorum and hoist his almost inextinguishable dance. Ahmed — who names yet the the two sides of its last LP with a laconic ‘Anxious' — pursues a fraternal hypnosis. And despite some coldness, despite some sobriety, the quartet shows a sensitive way to the listener. It remains his responsibility to go snooping among stars left by Abdul-Malik on the the turn of the 60s.