8 détours

Sylvain Kassap / Julien Touéry / Fabien Duscombs

(Freddy Morezon - 2015)

 

 

Le jazz et les musiques connexes ont beau être jouées franchement, elles ne le seront jamais sans détour. Plain-chant et contrepoint, polyphonies en tout genre prennent leur temps, même dans l’urgence qu’elles ont à être jouées. Il faut dire, certes, mais aussi, et surtout, se faire entendre. Et, pour le faire, prendre des détours par la tangente sonique ou les chemins d’intimité. Detours, c’est justement, et au nombre de 8, le titre choisi par le trio Sylvain Kassap (clarinettes), Julien Touéry (piano) et Fabien Duscombs (drums) pour un album sorti en juin 2015 (Mr Morezon 011). 

À l’écoute attentive, on ne connaîtra pas franchement la destination de la trajectoire, encore moins ses coordonnées de vol. Mais la joie des étapes, le plaisir de l’arpenteur et la batardise des topographies, ça oui. 8 détours ne prend pas tant son temps qu’il distille davantage une sorte  conversation où la rhétorique n’est jamais le fait de beaux parleurs mais toujours de fins bretteurs. 

La grammaire free est sue comme un Britton connait son rugby. En résulte une musique de climats agissants qui redistribuent et déploient le contrepoint en contrepied, les polyrythmies en secousses sismiques. L’équilibre propre à tout trio est nickel dans ses écoutes et ses leads menés à tour de rôle. Ici la clarinette mène l’ensemble sur le terrain de petites dramaturgies modales à la gueule d’orient (Chromlech, Trivium), là le piano calibre le tout à la rupture (Trivium ou Heyokas sous ses airs d’obsession cage-esque stricte). Ici encore, les drums transforment la brise en bourrasque (Zéphyr), tutoient les menaces d’orage avec un sourire binaire et quasi-candide (Orages). Pas sans détour mais sans concession, cet album est joué à l’os. Le triumvirat répond en guise de dernière plage : « A la moëlle !!! ».

 

 

Badneighbour